I) Qu’est-ce que l’intolérance au gluten?

La maladie cœliaque ou « intolérance au gluten » est une maladie chronique de l’intestin grêle. La maladie cœliaque est une pathologie d’origine immunologique : chez certaines personnes génétiquement prédisposées (HLA-DQ2/DQ8), l’ingestion de gluten, déclenche une réaction exagérée du système immunitaire, d’où une inflammation entraînant la destruction des villosités de la muqueuse intestinale.

 

Cette maladie se caractérise généralement par des douleurs abdominales, des diarrhées, et peut conduire à un amaigrissement ou encore à des carences chez les patients.

Plus de 1% de la population française serait touchée par cette maladie, mais seulement 10 à 20% des malades seraient diagnostiqués.

A ce jour, le seul traitement possible de la maladie coeliaque est un régime sans gluten strict. Mais de nouvelles pistes de traitement de l’intolérance au gluten ont été étudiées par des équipes de chercheurs de différents pays.

II) Rôle du microbiote dans le cadre de la maladie coeliaque

Etant donné que l’intolérance au gluten se caractérise par une inflammation de l’intestin, des équipes de chercheurs de l’université de McMaster (Canada), de l’INRAE, de l’Université de la Sorbonne, de l’Inserm, de l’AP-HP et de l’Université de Wageningen (Pays Bas) se sont interrogées sur le rôle du microbiote intestinal. En effet, le microbiote intestinal joue un rôle important dans notre organisme, notamment lors de la digestion mais également d’un point de vue immunitaire.

Dans le cas de personnes saines, certains micro-organismes du microbiote intestinal dégradent le tryptophane, un acide aminé que l’on trouve dans notre alimentation, afin de produire des composés dérivés, appelés composés indoles. Ces derniers ont notamment pour rôle d’activer les récepteurs AhR (Récepteur Aryl hydrocarbure) qui se trouvent sur les cellules de l’intestin.
L’activation des récepteurs AhR entraîne différents effets bénéfiques comme le renforcement de la barrière intestinale, la stimulation de l’immunité, l’atténuation de l’inflammation de l’intestin ou encore la préservation de l’équilibre du microbiote.

Un défaut d’activation des récepteurs AhR dans le cas des malades coeliaques…

Pour identifier le rôle du microbiote dans le cas de patients coeliaques, les chercheurs ont analysé les selles d’une cohorte de 29 patients :

  • soit souffrant d’une maladie coeliaque active
  • soit atteints de maladie coeliaque et traités depuis 2 ans par un régime sans gluten
  • soit des volontaires sains, non atteints de la maladie coeliaque.

Chez les patients souffrant d’une maladie coeliaque active, il a ainsi été observé une modification du microbiote intestinal se traduisant par une réduction des microorganismes métabolisant le tryptophane et produisant les dérivés indoles nécessaires à l’activation des récepteurs AhR.

 III) Quelles  perspectives de traitement pour les malades coeliaques ?

Chez des souris modèles développant une maladie similaire à la maladie coeliaque, les chercheurs ont modulé leur alimentation soit par un apport supplémentaire de tryptophane (que l’on retrouve surtout dans les aliments protéinés tels que la viande, le poisson, les produits laitiers, les fruits secs etc.), soit par un apport de la bactérie probiotique* Lactobacillus reuteri qui produit des dérivés indoles à partir du tryptophane.
Lorsque les souris exposées au gluten reçoivent une alimentation enrichie en tryptophane ou complémentée par le probiotique Lactobacillus reuteri, les mêmes résultats ont été constatés: il y a eu une diminution de l’inflammation intestinale par rapport aux souris recevant un régime standard ainsi qu’une amélioration significative des lésions au niveau intestinal

Cette étude ouvre alors de nouvelles perspectives thérapeutiques pour les patients atteints de la maladie coeliaque. Une modulation de l’activation des récepteurs AhR via une alimentation riche en tryptophane et la prise de probiotiques pourrait être une piste de traitement dans la cadre de la maladie coeliaque permettant l’amélioration des symptômes et de la qualité de vie des patients. Des études complémentaires restent toute de même nécessaires pour confirmer ces résultats chez l’Homme.

* Les probiotiques contiennent des micro organismes vivants (bactéries, levures…) exerçant un effet bénéfique sur l’organisme qui les ingère.

Source : INRAE